Ralph Baer, père des jeux vidéo…

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… en tout cas, c’est son surnom, parfaitement mérité. Ralph Baer est celui qui est à l’origine de la première console de salon raccordée à une télévision. Aujourd’hui, Gangeekstyle souhaite rendre un hommage à ce grand homme, mort il y a tout juste 2 ans, le 6 décembre 2014, à l’âge de 92 ans.

Quelques éléments biographiques de Ralph Baer

Ralph Baer est né en 1922 en Allemagne. De confession juive, il fuira son pays à la veille de la Seconde Guerre Mondiale. Il s’expatriera avec sa famille aux États-Unis et s’installera à New York. Pour vivre, il travaille à l’usine mais se forme de façon autodidacte à l’électronique. Il prend également des cours par correspondance qui lui permettront de décrocher un diplôme de technicien de maintenance en radiophonie en 1940. Il va alors travailler dans des boutiques de réparation de radios jusqu’en 1943, date où il est mobilisé par l’armée américaine et est affecté dans le service de renseignement militaire grâce à ses compétences. C’est alors qu’il retournera en Europe, à Londres, au quartier général de l’US Army, alors sous le commandement du général Eisenhower (futur président américain).

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Il rentre aux États-Unis en 1946. L’armée, avec son programme G.I Bill d’aide au retour à la vie civile des militaires démobilisés, lui finance des études à l’American Television Institute of Technology à Chicago où il obtiendra un diplôme d’ingénieur en télévision. En 1949, il travaillera alors pour Wappler Inc., une petite société new-yorkaise fabriquant du matériel électronique médical avant de rejoindre en 1951 un fabricant de téléviseurs, Loral Electronics où il sera chargé de concevoir le meilleur téléviseur possible. C’est à cette époque qu’aurait germé l’idée de Ralph Baer d’y intégrer un module de jeux mais les dirigeants de son entreprise auraient rejeté cette idée, la jugeant complètement saugrenue (il y en a qui doivent se retourner dans leur tombe !).

De 1952 à 1956, il travaille pour Transitron Inc., où il fabrique différents types de matériels radars. Il rejoindra ensuite Sanders Associate, une société d’électronique militaire travaillant pour l’armée américaine. Là encore, il mettra en œuvre son talent pour fabriquer des outils d’interception des transmissions soviétiques ou des radars embarqués pour les avions entre autres. Ingénieur militaire, il n’a pourtant jamais abandonné son idée d’intégrer des jeux sur un téléviseur. Alors qu’il supervise pas moins de 500 ingénieurs dans sa division, Ralph Baer reprend sa démarche de recherche dès 1966, bien que son entreprise ne soit en rien dans le domaine télévisuel. Il griffonnera quelques notes sur un carnet alors qu’il attendait son bus pour se rendre à une réunion de travail, ce seront les bases de son projet, qu’il reprendra dans un document manuscrit de 4 pages qu’il rédigera quelques jours plus tard. Il persévèrera et présentera son projet à sa hiérarchie.

Les superviseurs de Ralph Baer lui laissent mener son modeste projet tant que ce dernier accomplit son travail au sein de la société. Un budget de 2500$ et l’aide de 2 collaborateurs lui sont accordés, les ingénieurs William « Bill » Harrisson et William « Bill » Rusch. Avec leur aide, il parviendra à mettre aux points plusieurs prototypes de « boites de jeux », le terme jeux vidéo n’étant pas encore installé. La direction de Sanders, impressionnée par la machine et son potentiel commercial, demande à Baer d’en faire un produit commercialement viable pour les foyers américains. Et bien entendu, il s’exécutera.

La Brown Box (1967-68)

En 1967, après plusieurs prototypes de plus en plus sophistiqué, Ralph Baer et ses collègues de la compagnie Sanders Associates ont développé un prototype de système de multi-jeux multijoueurs. Sanders Associates étant à la base une entreprise d’électronique militaire, la société cherchera à vendre son projet à une société compétente dans le domaine télévisuel.

Baer a compris qu’il fallait créer des jeux amusants pour intéresser les investisseurs et les consommateurs. Le nom original de la machine : Pump Unit, mais elle est plus connue sous le nom de Brown Box en référence à la couleur bois du prototype, qui n’était pas en bois, contrairement à ce que l’on pourrait penser, mais du vinyle auto adhésif imitant le bois, afin de séduire les investisseurs lors des présentations.

Cette Brown Box n’était qu’un prototype mais qui fut la base de bien des consoles par la suite avec 2 contrôleurs et 1 système multi-jeux : ping-pong, dames, 4 jeux de sports différents (handball, hockey, football, golf), un jeu de tir avec lightgun et un jeu de poursuite.

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Sanders Associate approchera plusieurs grands noms de l’industrie télévisuelle mais seule Magnavox semble intéressée. Cette dernière achète la technologie Brown Box en 1970 et lance l’Odyssey, en 1972.

Magnavox Odyssey

La Magnavox Odyssey est la toute première console de salon de Jeux vidéo à être commercialisée pour le grand public en septembre 1972 chez les revendeurs Magnavox. Elle sera rapidement rejointe l’année suivante par d’autres machines concurrentes, tentant de surfer sur cette nouvelle vague en copiant largement l’Odyssey. Parmi les 12 jeux disponibles sur l’Odyssey, on trouve bien entendu un jeu de tennis (qui sera copié par Atari avec sa console Home Pong en 1975), du hockey et du foot, un jeu de roulette et un jeu éducatif pour apprendre le nom des états américains. Ces jeux étaient contenus sur des cartouches amovibles à insérer dans une fente.

Si le fonctionnement de l’Odyssey est très rudimentaire, c’est parce que la machine ne contient aucun processeur ni logiciel, tout est une histoire de cavaliers qui ouvrent ou ferment le circuit électrique pour faire fonctionner les jeux. Les graphismes se résumaient à de simples carrés blancs sur fond noir, que ce soit pour représenter le joueur, la balle ou la cible par exemple. Afin d’égayer le tout, on apposait sur son écran de télévision (qui pouvait donc être en noir et blanc ou en couleurs) un overlay spécifique au jeu choisi (comme sur Vectrex par exemple).

Deux infos qui peuvent choquer les plus jeunes aujourd’hui : l’Odyssey ne produisait aucun son et fonctionnait avec des piles…

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L’Odyssey proposait également un coffret optionnel contenant un fusil opto-électronique, des overlays et des cartouches pour des jeux de tirs.

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L’Odyssey s’est vendue à environ 350000 exemplaires en 2 ans. Mais la machine ne parvient pas à s’imposer face à la concurrence. Magnavox devra également gérer une pluie de procès contre de nombreuses machines concurrentes ayant copié le concept de l’Odyssey sans scrupules.

En 1975, Nintendo s’essaie au monde des jeux vidéo en vendant l’Odyssey au Japon avant de commercialiser ses propres consoles de jeux quelques années plus tard.

Ses autres inventions

Ralph Baer devient par la suite consultant tout en continuant de travailler chez Sanders. Il aidera entre autres la firme Coleco pour sa machine Coleco Telstar. Il leur vendra la licence de son Kid-Vid, un jeu vidéo éducatif utilisant des cassettes audio. Il participera au développement de l’Odyssey², plus connu dans l’Hexagone sous le nom de Videopac.

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Maintenant confortablement installé dans son rôle de créateur de matériel ludique, Ralph Baer peut réfléchir à de nouveaux projets. Il est notamment l’inventeur du jeu électronique Simon, édité par MB Electronics, dont le concept traverse les âges puisqu’une nouvelle version est ressortie 25 ans après la commercialisation du jeu original (en 1978). Un boitier de forme circulaire et comprenant quatre touches lumineuses produisant un son associé éclaire une des quatres couleurs et émet le son correspondant à cette couleur. Le joueur doit alors appuyer sur la bonne touche rapidement. Et à chaque fois, le jeu rajoute une couleur à la suite et le joueur doit reproduire la séquence. Addictif ! Ce jeu est tellement connu qu’on le trouve en clin d’œil dans plusieurs jeux vidéo (de tête, je me rappelle de Stupid Invaders sur Dreamcast).

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Tout au long de sa vie, Ralph Baer ne cessera d’inventer de nouveaux jeux ou de nouvelles technologie. Il est à l’origine de jeux électroniques comme Amaze-a-tron, édité par Coleco, un jeu de labyrinthe; Computer Perfection, édité par Lakeside, un jeu de mémoire avec des formes géométriques ou encore Maniac, édité par Ideal Toy, un jeu poussant plus loin le concept de Simon.

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Ralph Baer est également à l’origine de nombreux jouets interactifs comme le Lasercommand de la licence MASK, édité par Kenner en 1985. Cette boite de jeu comprend 2 véhicules : un camion et un vaisseau spatial transformable. Lorsque le vaisseau vise à l’aide de son faisceau lumineux la cible située sur le dessus du camion, ce dernier se désintègre petit à petit. En 1987, c’est un ours en peluche interactif qui est mis sur le marché, le Smarty Bear, par Galoob Toys. Il était capable d’interagir avec ses amis sur l’écran de télévision, via une VHS diffusant un dessin animé. Ce concept sera repris en 1994 par l’ourson TV Teddy (Yes!Entertainment). Ralph Baer utilisera ses outils de reconnaissance et synthèse vocale dans de nombreux autres jouets et accessoires : Bike Max, un accessoire s’attachant sur son vélo qui nous donne vocalement des informations comme sa vitesse ou la distance parcourue, des livres interactifs, d’autres peluches parlantes ou des trucs vraiment très kitsch comme le Chat-mat, un paillasson capable de délivrer un message enregistré préalablement à chaque fois que quelqu’un marche dessus.

Il a travaillé également sur de nouvelles technologies pour les jeux vidéo : les instants replays, la digitalisation des voix et des visages.

Ralph Baer, père des jeux vidéo

Ralph Baer n’a jamais couru après l’argent. Mais il y a eu une chose qui lui tenait à cœur : la reconnaissance de son travail. Cet homme a déposé plus de 150 brevets au cours de sa longue carrière. A la fin des années 1990, avec la démocratisation d’internet, pourtant son nom n’apparaissait nul part et la paternité des jeux vidéo fut longtemps attribuée de façon erronée à Nolan Bushnell, l’inventeur de la console Pong d’Atari, sortie en 1965. Aujourd’hui, la vérité est rétablie.

Ralph Baer a écrit sa biographie en 2005 afin d’y exposer tout son cheminement. C’est un ouvrage assez technique par moment (Une traduction française a été publiée par les éditions Pix’n Love il y a quelques années.) mais c’est un travail minutieux qui répertorie toutes ses recherches, même celles avortées. Suite à la parution de son livre, de nombreuses expositions furent organisées pour lui rendre hommage. Ainsi, à plus de 80 ans, Ralph Baer a reproduit les prototypes initiaux de la Brown Box afin de les offrir à un musée. En 2006, il reçoit la National Medal of Technology and Innovation, remise par George W. Bush, alors Président des États-Unis avant d’entrer en 2010 au Panthéon des inventeurs, le National Inventors Hall of Fame, qui regroupe les inventeurs les plus émérites.

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Ralph Baer, ton nom est aujourd’hui inscrit dans l’Histoire des jeux vidéo et ne s’effacera pas d’aussi tôt !

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A propos du gangeekeur

Nana de 31 ans n'ayant plus quitté l'univers des jeux vidéo depuis son 7ème anniversaire, avec la réception d'un pack gameboy avec Tetris et Kirby ! Plutôt attirée par l'univers Nintendo au départ, par la suite a succombé aux charmes de la PS1 avec son lot de RPG. Genres de prédilection : la plateforme et les jeux de rythmes

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