Yū Suzuki – Le Maître de Sega (de l’arcade à Shenmue)

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Il y a tellement à découvrir sur les grands noms du jeu vidéo, ces hommes qui ont eu des idées de génies, ces visionnaires passant pour des fous à leur époque… Si de nombreuses informations sont disponibles sur le net sur ces pionniers, nous avons tout de même la chance d’avoir des livres qui retracent leur vie, afin de suivre ce qu’ont été leurs parcours, avec leurs réussites, mais aussi leurs échecs. Aujourd’hui, je vais vous présenter l’ouvrage de Benjamin Berget dédié à Yū Suzuki, le maître de Sega, édité par Geeks-Line et disponible au prix de 24,90€.

Packaging

Le livre est au format A5 et dispose d’une couverture souple cartonnée assez simple dans son élaboration. On reconnaît la silhouette et surtout le visage de Yū Suzuki en blanc sur la droite de la couverture qui elle, est entièrement rouge. On distingue également Ryo Hazuki et Shenhua, les protagonistes de la saga Shenmue, l’œuvre avortée de Yū.

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Le livre comprend 496 pages de texte, auxquelles il faut ajouter une trentaine de pages en couleur présentant des publicités pour les jeux développés par Yū Suzuki (surtout des jeux d’arcade).

Contenu

Le livre s’ouvre sur une préface de Marcus. Il y a ensuite 6 chapitres dont je vous laisse découvrir le sommaire sous spoiler.

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Le chapitre d’introduction sert à poser les bases du livre. L’auteur nous parle même de biographie, mais pour moi, ce n’en est pas tout à fait une. En effet, l’auteur n’a jamais rencontré Yū Suzuki, il raconte sa vie, un peu comme pour l’ouvrage Sur les traces de Miyamoto de William Audureau, à partir du recueil de nombreuses interviews publiées dans la presse ou sur internet. La présentation du maître de Sega se fait par cheminement chronologique à travers ses créations, ce qui donne un bon aperçu de son évolution et de son génie.

L’auteur nous présente rapidement les origines de SEGA sur une dizaine de pages, de la création de « Standard Games » en 1934 jusqu’à la fin des années 1980 avec la mise au point de la première console de SEGA.

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Passage sur Out Run

Dans le chapitre 1, Benjamin Berget nous conte la jeunesse de Yū Suzuki, élevé par des parents professeurs de musique, très investis dans leur travail et finalement peu souvent à la maison. On y découvre un jeune passant beaucoup de temps à construire et déconstruire des maquettes pour toujours les modifier alors que les autres enfants de son âge se contenteraient de laisser le produit fini sur leur étagère, sans plus y toucher. Vient ensuite la période rebelle de l’adolescence, avec une forte influence du Hard rock, au grand dam de ses parents. Yū voulait devenir un guitar hero comme ses idoles, mais il n’obtiendra de ses parents qu’une guitare sèche. C’est sans compter sur ses talents de bricoleur, en mettant des cordes en acier et en installant un micro et en remplaçant l’ampli par un transistor transmettant les sons. Il se laisse pousser les cheveux, pour mieux montrer sa désinvolture. Yū n’était pas forcément bon élève mais avec quelques efforts, il aurait pu épouser une carrière de dentiste… mais il ne choisira pas cette voie et lui préfèrera le chemin de la programmation informatique, domaine effervescent au Japon à cette période.

Yū sera embauché chez SEGA en 1983 et dès lors, il ne cessera de gravir un à un les échelons, du codeur affecté à la correction des bugs à la direction du studio AM2, avec de gros hits en arcade à son actif.

De la fin du premier chapitre au quatrième chapitre, nous suivons l’évolution de Yū l’audacieux et le perfectionniste, en redécouvrant tous les jeux auxquels il a participé, manière de suivre son cheminement créatif, la découverte de ses idées novatrices bien que parfois trop en avance sur son temps, tout ça devant entrer dans une logique de bénéfices pour Sega, ce qui malheureusement finira par annihiler le talent du Maître.

Yū était un visionnaire, il avait compris que les joueurs de l’époque voulaient du sensationnel avec des bornes attirant l’œil et mettant le joueur au cœur de l’action et du spectacle, avec comme objectif de redorer le blason des salles d’arcade. C’est à lui qu’on doit les imposants cabinets, les Taikans. On retrouve d’ailleurs quelques publicités d’époque en couleur où l’on peut distinguer les machines, vraiment impressionnantes ! Yū est toujours à la recherche de la meilleure technologie capable de rendre forme de sa vision du jeu. Les hits arcade s’enchaînent : Out Run, After Burner, Vitua Fighter…

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Quelques pubs en couleur sont présentes pour illustrer.

Et c’est là qu’au cours des chapitres suivants, on se rend compte du fossé technologique régnant entre le monde de l’arcade et celui des consoles à l’époque, qui diminuera au fur et à mesure des années, rendant l’arcade presque dépassé puisqu’on peut avoir une expérience similaire sur console de nos jours. Et c’est alors que le chapitre 5 nous parle de Shenmue puis de la lente descente aux enfers de Yū au sein de SEGA, avec des jeux annulés suite à son discrédit lié au désastre commercial des deux épisodes de Shenmue. On a des essais de réponse. C’est un vrai feuilleton. On termine avec le départ de Yū de SEGA et l’épisode 3 de Shenmue en suspens. L’auteur revient rapidement sur la campagne kickstarter.

Putain, Yū Suzuki, quel homme ! Et là, on reste comme suspendu dans une faille spatio-temporelle en attente du dénouement final, qui aura lieu espérons le fin 2017 avec la sortie de Shenmue III. Et là, on saura, si cet espoir de voir naître cet épisode afin de connaitre le fin mot de l’histoire n’aura pas été un immense gâchis.

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Passage sur le jeu Shenmue Online

Le livre se termine avec une interview de Yū Suzuki sur 7 pages par David De ville, un fan français de Shenmue qui a eu la chance de rencontrer Yū pendant une heure en septembre 2014. Il y a ensuite une dernière interview du webmaster de site ShenmueMaster.fr.

Conclusion

J’ai vraiment des lacunes concernant Sega et son univers, oui, mon enfance a plutôt tourné autour des consoles et jeux Nintendo, alors ce livre sur Yū Suzuki m’a appris énormément de choses, c’est une mine d’informations. La lecture est agréable et tel un roman, on se prend au jeu et même si on connaît tous la fin, Benjamin Berget met en relief ce qui a amené le grand Yū aussi haut dans la hiérarchie de Sega avant d’en redescendre rapidement, la firme passant entre les mains un peu moins ambitieuses pour le jeu vidéo que pour l’argent facile (Sammy) en exploitant à outrance les licences à succès. Vive le capitalisme !

De nombreuses références jalonnent l’ouvrage. Il y a bien entendu les paroles du Maître au travers de nombreuses interviews, mais aussi des citations d’autres personnages-clés du jeu vidéo comme Tom Kalinske, président de Sega of America un temps, ainsi que des personnes extérieures à Sega. Tout est bien documenté. On retrouve même un passage de Rousseau permettant au lecteur de s’illustrer plus facilement la philosophie d’un des arts de combat utilisé dans un des jeux de Yū Suzuki.

Le livre n’est pas exempt de coquilles : quelques fautes de frappe et d’orthographe, mais aussi une erreur de date concernant la sortie du jeu Zelda Ocarina of Time (1998 et non pas 1996) pour ce que j’ai pu déceler. Quoi qu’il en soit, le livre est bien écrit et sa lecture est agréable, et c’est bien là le principal.

En décembre 2016, un livre sur Shenmue sortira chez Pix’n Love, nous aurons l’occasion de comparer les deux ouvrages sur Gangeekstyle. A bientôt !

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Plutôt bon !

En bref, un livre bien documenté expliquant bien les réussites et les échecs du grand Yū Suzuki, un des piliers de Sega. A lire !

  • Packaging
    7.5
  • Contenu
    8
  • Illustrations
    8
  • Intérêt général
    9.5
  • Prix
    9
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A propos du gangeekeur

Nana de 31 ans n'ayant plus quitté l'univers des jeux vidéo depuis son 7ème anniversaire, avec la réception d'un pack gameboy avec Tetris et Kirby ! Plutôt attirée par l'univers Nintendo au départ, par la suite a succombé aux charmes de la PS1 avec son lot de RPG. Genres de prédilection : la plateforme et les jeux de rythmes

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