Les génies scientifiques : méchants VS. gentils

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Être méchant, est-ce inné ? Quelle est la limite précise entre le bien et le mal ? Qu’est-ce qui peut pousser un homme à basculer du côté obscur ? …Tout un tas de questions auquel il est bien difficile de répondre. La philosophie et la psychologie nous apportent toutefois quelques pistes de réflexion.

La team GGS vous propose aujourd’hui une immersion dans le cerveau d’hommes de génie œuvrant pour le bien ou le mal et tente de percer leurs mystères !

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introduction

 

Que serait un monde sans méchanceté ? Inutile de chercher, ça n’existe pas ! Même dans Oui-oui, une petite dose de méchanceté est distillée par les vilains lutins, Finaud et Sournois. D’ailleurs si on y réfléchit bien, dans un lieu où tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes* (formule de Leibniz, utilisée aussi par Voltaire dans Candide), on se ferait grave chier ! Des politesses à tire larigot, « Chérie, il est bon mon pâté ? – Oui, ma douce fleur des champs, c’est le meilleur que j’ai jamais mangé ! – C’est fou, j’en fais tous les jours et à chaque fois il est meilleur que celui de la veille ! » bande de faux-culs !

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Le bonheur ne peut exister sans malheur et vice-versa, il y a les gentils et les méchants, il n’y a pas d’entre-deux, même si parfois une lueur de lucidité (mal->bien) ou de folie (bien->mal) vous fait basculer pendant un moment de l’autre côté du miroir, là où on n’aime pas trop regarder (exception qui confirme la règle : les personnes atteintes de double personnalité comme le Dr Jekyll par exemple)

Être méchant, c’est faire du mal, causer des ennuis, être nuisible aux autres… Tant de choses obscures qu’on aurait plutôt tendance à réserver aux fous n’ayant pas conscience de leurs actes, aux mercenaires gagnés par l’envie de faire couler le sang en échange de quelques liasses de billets et une montée d’adrénaline, aux animaux prédateurs ou encore aux créatures imaginaires les plus monstrueuses cherchant à exterminer toute autre forme de vie que la leur. C’est très réducteur ! On a aussi toutes les personnes avides de pouvoir ou d’argent qui, peu à peu, détournent les règles et finissent par sombrer dans la mégalomanie la plus totale. Le cinéma et l’industrie des jeux vidéo l’ont bien compris : un « bon » méchant doit être aussi intelligent que son esprit est torturé, cela ne l’en rend que plus indigeste et détestable et permet de mettre en face un héros qui devra se surpasser pour en venir à bout.

l’intelligence pervertie

 

Si on s’intéresse aujourd’hui à des hommes de science, c’est que leur image virtuelle a été pendant longtemps très stéréotypée. Si dans la réalité, on a plutôt une bonne image du scientifique (ba oui, c’est la moindre des choses, il passe ses journées à plancher sur de nouveaux vaccins, à améliorer notre quotidien, à fabriquer de nouvelles armes chimiques… euh non, là c’est pas une belle image, oubliez !), sur nos écrans, il en est tout autre ! Vive les clichés ! Les scientifiques pixelisés sont de vrais caricatures : lunettes (quand j’étais petite, je croyais que ça servait à mieux réfléchir ! Comme quoi !), blouse blanche, utilisation d’un langage très technique ou « savant » et souvent manipulant des feuilles volantes regorgeant de graphiques ou d’équations inextricables…

Les méchants scientifiques sont diaboliques, car ils usent de leur savoir et de leurs découvertes à des fins personnelles. Ayant sombré dans la folie, ces hommes n’ont plus de morale et outrepassent sans regain de conscience toutes les lois éthiques afin d’assouvir leur soif de pouvoir.

Penchons-nous tout d’abord sur le cas d’Eggman (autrefois appelé Dr Robotnik sur le vieux continent). On comprend facilement comment le gentil Dr Kintobor est devenu cette raclure d’Eggman suite à une expérience qui a dégénéré. Ce sont les Émeraudes du Chaos sur lesquelles il travaillait qui l’ont rendu fou. Depuis cet accident, Eggman n’a plus qu’une chose en tête : conquérir le monde en asservissant la population grâce à ses nombreuses inventions robotiques comme le Death Egg, une station spatiale de combat possédant 2 immenses canons à ultrasons ou Metal Sonic, un robot à l’effigie du hérisson bleu qu’il déteste pourtant plus que tout au monde !

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Si on étudie le cas du Dr Wily (dans Megaman), c’est simplement la jalousie envers son collègue le Dr Light (qui récoltait tous les mérites) qui le rongea peu à peu le poussant à se retirer sur une île lointaine pour concevoir un plan diabolique afin de conquérir le monde en reprogrammant les robots conçus par son ancien collègue. C’est là qu’on se rend compte du génie malhonnête qui compense un manque de talent créatif en allant voler ailleurs ce qu’il n’est pas capable de créer de lui même.

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En ce qui concerne le Dr Neo Cortex, créateur de Crash Bandicoot, on peut dire qu’il a très vite rejoint le  camp des méchants. En effet, il n’eut pas une enfance des plus heureuses. Fils d’une troupe de cirque, sa famille n’a jamais compris pourquoi Neo s’intéressait autant à la science. Les membres de sa famille lui ont donc cruellement tatoué un N (qui signifie Nerd = crétin et non pas l’initiale de son prénom) sur la tête par jalousie de son intelligence, eux qui étaient ignares. Afin de se venger de sa famille, Cortex mit le feu à la tente du cirque avant de s’enfuir. Il intégra l’Académie Maléfique à l’âge de 6 ans, mais là encore, il servit souvent de bouc émissaire et était la risée des autres élèves. C’est donc devenu peu à peu un personnage égocentrique et très vaniteux, qui n’hésite pas lui aussi, à s’accaparer les inventions de ses collègues pour son compte personnel (comme le rayon Evolvo par exemple). Quand ses plans échouent, il devient vite hystérique et psychopathe. On apprendra un peu plus tard qu’il était manipulé par un masque vaudou, Uka Uka.

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Intéressons-nous maintenant au Dr Baxter Stockman, savant fou créateur des dératiseurs dans l’univers des Tortues Ninja. Dans la bande dessinée originale, on apprend que Baxter a crée ces robots non pas pour nettoyer les égouts mais pour attaquer des banques. Mais le plus fou, c’est qu‘il ne l’a pas fait pour l’argent mais tout simplement pour s’amuser. On peut donc supposer qu’il a un gros grain et est méchant parce qu’il est fou. Ah ! la folie des grandeurs !! D’ailleurs, chez les fous furieux, on retrouve aussi le Dr Andross, le méchant récurrent de la saga Starfox. Il fut d’abord un brillant scientifique. Mais toutes les recherches qu’il mena ne furent jamais utilisées puisqu’il vivait sur une planète pacifique. Or, peu à peu, son esprit se corrompu et Andross commença à perdre la raison. Il mit en danger les habitants de sa planète en testant sur eux une de ses dangereuses inventions. Il fut banni de sa planète. Il se réfugie sur une autre planète où il s’auto-proclame Empereur et lève une armée afin de conquérir le système Lylat. Bref, ce monsieur a un égo surdimensionné et ne se prend pas pour de la merde ! Ah le pouvoir ! Il fait chavirer les esprits même les plus émérites…

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Si je vous dit Ernst Stavro Blofeld, ça vous parle ? C’est le pire ennemi de James Bond ! Après des études techniques, il se lance dans l’administration centrale des PTT. Il a compris que la rapidité et le bon fonctionnement des moyens de transmission sont, dans le monde d’aujourd’hui, indispensables à l’exercice du pouvoir. Il a donc progressivement monté son réseau d’information et devient par la suite le chef du SPECTRE, redoutable organisation criminelle. Nous avons très peu d’informations sur les motivations de cet homme, mais si je me suis permis de vous le présenter, c’est qu’il a servi de modèle pour de nombreux autres personnages fictifs, comme le Dr Gang (Inspecteur Gadget) ou encore le Dr Denfer (Austin Powers). Ces 2 personnages n’ont d’ailleurs de docteur que le titre. Ce ne sont certainement pas des scientifiques, mais leurs places à la tête de grandes organisations criminelles font état de leur génie à évoluer vers le pouvoir ! Gamine, j’adorais le dessin animé Inspecteur Gadget, je trouvais ça très drôle. J’attendais toujours un plan où on découvrirait enfin le visage du Dr Gang, responsable du MAD (Méchants, Affreux et Diaboliques), j’attends toujours ! On ne le voit que par derrière dans les épisodes, on aperçoit seulement ses mains gantées dépassant de son siège. Cependant, un jouet officiel dévoile sa véritable apparence en 2003. Soucieux de garder le suspens le plus longtemps possible et doper les ventes du joujou, les concepteurs ont délibérément caché le visage du personnage dans son blister.

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Voulez vous en savoir plus ? Voir

On peut aussi citer au rang de vilain petit canard le Dr Folamour (Dr Strangelove en VO), le personnage nazi imaginé par Stanley Kubrik pour sa comédie satirique. Ce personnage est largement inspiré de savants allemands ayant participé au régime nazi.

On quitte les humains pour un petit tour chez les animaux. Dans le dessin animé Minus et Cortex, deux souris aux compétences bien antagonistes s’entraident pour conquérir le monde. Il y a Minus, le grand bête et naïf et Cortex, le petit, doté d’un cerveau surdimensionné. Ils n’ont qu’un objectif en tête (enfin… surtout le minus de Cortex car le cortex de Minus est peu actif et ce dernier préfère recompter ses doigts de pieds, des fois qu’il y en ai un qui se soit fait la malle !) : élaborer des plans d’évasion de de leur cage afin de conquérir le monde ! Les deux souris de laboratoire ont de l’ambition ! La génétique y est certainement pour quelque chose puisque des expériences ont été menées sur les deux bébêtes, ça expliquerait la proéminence du cerveau de Cortex ainsi que son intelligence… Dans un épisode où un psychologue tente d’hypnotiser ce dernier, on apprend qu’il a été arraché à sa famille très jeune et que son irrépressible envie de conquérir le monde viendrait d’un besoin de retrouver le sien qu’il a quitté si jeune. Sous cet air machiavélique se cache peut être un cœur d’ange ?

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Conclusion de cette partie : En retraçant succinctement le parcours de ces génies du mal, on se rend compte que la plupart du temps, les génies sont des scientifiques. La mode des années 80-90 consistait à les rendre reconnaissable au premier coup d’œil. Pour cela, on regorgeait de stéréotypes de bas étage : la bouse blanche, les lunettes, les feuilles de calculs ou de formules, la taille de leur cerveau… Quand on cherche à savoir pourquoi ces personnages ont opté pour la voie du mal, on trouve différentes causes : l’accident, la jalousie, l’enfance difficile, la manipulation, la folie… Différentes causes pour une seule conséquence : un acharnement à essayer de conquérir le monde par tous les moyens possibles et inimaginables !

évolution positive de l’image du scientifique

Les scientifiques ont toujours été partagés entre le bien et le mal. Ainsi, si dans les années 80-90, les gentils génies apparaissaient souvent comme asociaux, réservés et très craintifs, en total opposition de leurs homologues méchants, les choses ont bien changé depuis le nouveau millénaire. Aujourd’hui, le scientifique est beaucoup plus charismatique qu’auparavant. Il crédibilise un scénario en apportant des explications logiques à des phénomènes pas toujours naturels. C’est un personnage clé du jeu !

Si on prend le cas du Dr Gordon Freeman, le héros de la série emblématique Half-life, c’est à la base un scientifique qui fait de la recherche en physique théorique et est un passionné de mécanique quantique, bref, des trucs bien relou qui ne causent pas trop à des non-initiés comme nous ! Suite à une expérience qui se tourna en eau de boudin dans le centre de recherche Black Mesa, le Dr Gordon Freeman, un des seuls survivants, se voit contraint de combattre à la fois les forces extraterrestres ayant envahi le centre de recherche ainsi que les militaires humains de l’UCEH (Unité de Combat en Environnement Hostile) venu repousser l’invasion extraterrestre mais aussi éliminer tous les témoins de l’incident. N’ayant eu aucun entrainement à la manipulation d’armes, il arrivera pourtant à se dépatouiller de cette histoire, enfin, il n’a pas trop le choix, soit il se bouge l’oignon, soit il crève.  On est donc loin du scientifique bigleux qui se pisse dessus à chaque tir environnant (en référence aux scientifiques affolés par les fusillades entre James Bond et les soldats russes dans Goldeneye 007).

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Dans la série des Metal Gear Solid, un des personnages récurrents est le Dr Emmerich (aussi connu sous le pseudonyme d’Otacon). Il est ingénieur en robotechnologie. A la base, il travaille sur le projet Metal Gear, mais il pense œuvrer pour la paix et n’a pas conscience d’être manipulé par Big Boss (Solid Snake non plus après tout). Dans le  premier épisode, il se pissera carrément dessus lors de sa rencontre avec le redoutable Gray Fox. On le prend alors vraiment pour une mauviette.  Son évolution au fil des épisodes est fulgurante. Il mûrit, c’est bien de se rendre compte que nous ne vivons pas dans un monde de Bisounours et qu’il s’est fait berner ! On le retrouvera donc beaucoup plus posé et actif par la suite, il commencera par donner quelques informations à Solid Snake avant de devenir carrément son allié.

Aujourd’hui, on a de plus en plus de jeux vidéo qui ont comme personnage secondaire un certain Dr Machin Truc Bidule Chouette, ça fait plus sérieux. L’absence d’un tel personnage décrédibiliserait ces titres, qui se veulent plausible. Qu’ils œuvrent pour le bien ou le mal, les scientifiques  jouent la carte de la confiance. A la pelle : Assassin’s Creed, Bioshock, Command and Conquer Generals, Resident Evil 4…

Conclusion

 

Nous avons donc pu voir dans ce dossier que les motivations des scientifiques sont diverses, que ce soit dans la quête du bien, comme dans celle du mal : principalement la philanthropie du côté des gentils, jalousie, violence, manipulations, folie et bien d’autres choses encore du côté des méchants.

L’image fictionnelle du scientifique a bien évolué durant ces dernières décennies. Finie la caricature du scientifique fluet avec grosses lunettes ! On troque maintenant plus facilement la blouse blanche pour une tenue plus propice à l’aventure dès lors que le doc n’est plus dans son labo ! D’un gars limite autiste, on passe à un personnage charismatique qui nous donne confiance et crédibilise le scénario.

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A propos du gangeekeur

Nana de 31 ans n'ayant plus quitté l'univers des jeux vidéo depuis son 7ème anniversaire, avec la réception d'un pack gameboy avec Tetris et Kirby ! Plutôt attirée par l'univers Nintendo au départ, par la suite a succombé aux charmes de la PS1 avec son lot de RPG. Genres de prédilection : la plateforme et les jeux de rythmes

5 commentaires

  1. Super dossier. J’aime beaucoup comment c’est écrit. Après c’est certain qu’on ne peut pas parler de tous les scientifiques!

    C’est là que je vois que je sais pas écrire 🙂

  2. Très intéressant !

    Le scientifique fou est souvent partisan d’une théorie radicale qui souffre du manque de reconnaissance de ses pairs. Il a été mis au ban du du monde académique à cause de recherches jugées absurdes ou immorales. Confronté à son immoralité, il se défendra en prétendant agir « pour la Science ! ».

    Un bon exemple est le Dr Herbert West, le « réanimateur » de la nouvelle de Poe et des films de Stuart Gordon et Brian Yuzna.

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