La mauvaise image des jeux vidéo

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Le jeu vidéo ne jouit pas d’une bonne image auprès d’une partie de la population, bizarrement, la partie qui ne joue pas aux jeux vidéo… Pire, de nombreuses personnes refusent d’assimiler les jeux vidéo à la culture. C’est pourtant devenu au fil des années un loisir de masse, avec une histoire et des évolutions.

La culture est un ensemble des pratiques, connaissances, traditions et normes d’un domaine ou d’une communauté donnée.

Définition du mot Culture – Site Dicophilo.fr

Le mec qui connaît tous les types de pokemons, avec leurs points forts et leurs points faibles, c’est pas de la culture ça ? La nana (fait exprès, na !) qui connaît tous les enchaînements à Street Fighter, c’est pas de la culture ça ? Bon ok, j’exagère un peu, afin de vous titiller un peu, mais finalement, je pense n’être pas bien loin de la vérité…

En 2010, un critique de cinéma, Roger Ebert, écrivait sur son blog : « Les jeux vidéo ne seront jamais de l’art ». Le jeu vidéo est-il un art ? Ça pourrait faire un bon sujet pour le Bac, il n’y a pas de bonne ou mauvaise réponse je pense si c’est argumenté, mais cette guéguerre n’apporte rien de positif à la vision des jeux vidéo par le grand public.

Mauvaise image rémanente des jeux vidéo

Elle ne date pas d’hier, la mauvaise image des jeux vidéo. Si je prends mon expérience personnelle, au début des années 90, la micro-informatique avait meilleure image auprès de mes parents que les consoles de jeux. Avec un PC, tu pouvais « travailler », taper du code, faire des rapports de stage, (…) et accessoirement jouer. Mais ça venait après. Alors que les consoles de jeux, tu joues, direct.

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Au Japon, les salles d’arcade à la fin des années 80 étaient mal famées, avec un public de junkies, donc un lieu propice pour les dealers de drogues et autres substances illicites.

« Dès que l’on parle d’argent facile, on ne tarde pas à voir débarquer quelques voyous bien décidés à se remplir les poches. Il aura ensuite suffi de quelques faits divers liés à la petite délinquance pour que les associations de parents d’élèves fassent une levée de boucliers et se mettent d’accord : les salles d’arcade devaient être interdites d’entrée aux enfants. Il n’en fallait guère plus pour qu’un amalgame soit aussitôt fait : le jeu vidéo serait indéniablement lié à la délinquance. »

Les grands noms du jeu vidéo : Takahashi Meijin – Pix’n Love éditions, 2010

Après, c’est le serpent qui se mange la queue sans fin. Comme les salles d’arcade sont mal fréquentées, les jeux vidéo sont nocifs, il faut protéger les enfants de ce loisir subversif.

« Des petits caïds zonaient dans les salles d’arcade, et les jeux vidéo étaient considérés comme « l’ennemi de la mère de famille », parce que les enfants venaient jouer plutôt qu’étudier à l’école. »

The Disappearance of Yu Suzuki – 1UP.com, 2010

Les développeurs, à l’image de Yu Suzuki et ses Taïkans, ont tenté de changer l’image des salles d’arcade dans les années 90, en proposant des bornes spectaculaires où le joueur devient le centre d’intérêt de spectateurs, dans une ambiance plus familiale.

Violence et agressivité

Régulièrement, les médias mettent sur le devant de la scène des faits divers sordides mettant en cause les jeux vidéo. Le dernier en date qui me vient à l’esprit, ce bébé frappé par son père parce que celui ci ne pouvait pas jouer tranquillement à son jeu vidéo à cause des pleurs de son fils.

Le nourrisson est décédé, samedi, au petit matin au CHR de Lille. Lundi, l’autopsie révèle que le garçonnet est décédé à la suite de coups portés au niveau du foie et des testicules. Après cette révélation, les parents sont interpellés et le père avoue très rapidement. Selon ses dires, l’enfant s’est mis à pleurer durant l’absence de sa mère et alors que son père joue à la console. Énervé, ce dernier lui a alors donné trois coups de poings «en direction du thorax», a expliqué le procureur de la République de Valenciennes.

LeParisien.fr – 02/02/16

Mais il y en a souvent et partout dans le monde. Vous devez vous souvenir de la tuerie de Columbine dans un lycée américain en 1999. L’affaire avait fait grand bruit dans le monde entier : deux jeunes américains massacraient 12 de leurs camarades et un professeur avant de se suicider. Outre les problèmes psychologiques, les jeux vidéo ont été pointés du doigts dans les raisons possibles de ce massacre, l’un des 2 tueurs, Eric Harris, s’occupant d’un site web proposant des niveaux pour Doom.

Oui, le jeu vidéo peut être violent (voir aussi le dossier d’Ivankaiser sur la violence dans les jeux vidéo), mais comme beaucoup de choses : le cinéma, les livres, les chiens, les sports de combat, la guerre, certains hommes avec leur femme …Pourtant, le % de jeux violents doit être faible par rapport au nombre total de jeux vidéo, mais non, on en revient toujours à la même rengaine : les jeux vidéo sont violents, point barre. Les journalistes s’en confèrent encore et toujours à la saga GTA, qui certes, banalise la violence urbaine au quotidien, mais ce n’est qu’un titre parmi des millions d’autres.

Ce n’est pas qu’une question de publics ou d’âge pour jouer à un jeu violent, mais de maturité psychologique. Beaucoup d’entre nous ont joué à GTA sans avoir 18 ans, et pourtant, ça n’a pas fait de nous des tueurs en puissance. C’est aussi une histoire d’éducation et de contrôle du temps de jeu.

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Le jeu le plus violent de la Playstation

Pourtant, à chaque tuerie, il y a un amalgame entre jeux vidéo et violence. Les journalistes cherchent tout de suite à savoir quels étaient les loisirs des tueurs et si ceux-ci étaient adeptes aux jeux vidéo, ne serait-ce même qu’occasionnellement, le coupable est tout trouvé. Les journalistes cherchent le sensationnel et le buzz, c’est donc facile de casser du sucre sur le jeu vidéo alors que c’est prendre le problème à l’envers. En effet, si un tueur joue aux jeux vidéo, n’est-ce pas parce que c’est devenu un loisir incontournable de ce XXIème siècle ? Quid des millions de joueurs qui eux n’ont jamais tué un être vivant (hors insectes et arachnides) ? Oh merde, j’ai déjà arraché les pattes d’une araignée dans ma jeunesse et je joue aux jeux vidéo, ça fait de moi une personne violente capable d’aller massacrer mes semblables ? -_-‘

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Le mec assez intelligent pour couper le cordon !!

C’est parce que les médias sont en perpétuelle recherche d’un bouc émissaire, d’un responsable à pointer du doigt non pour dénoncer un problème de société, mais pour faire du sensationnel.
Ils ont commencé très tôt en 1954 avec l’avènement du rock -musique du diable- , la violence sur le grand écran, avant d’enchaîner sur les animés japonais, les jeux de rôles, les tubes de Marilyn Manson et maintenant les jeux vidéos. Un événement tragique vient les conforter dans leur position ? Un joueur taïwanais décède après 72h de jeu non stop. Un joueur chinois tue son ami qui a vendu son arme virtuelle. Ils en font automatiquement leurs « choux-gras ».

Les infos ne sont parfois même pas vérifiées, comme ce fut le cas pour Libération et France Télévisions qui ont traité du suicide collectif de 147 adolescents japonais qui auraient avalé des poches de silicone suite au report du jeu tant attendu Dead or Alive. En fait, ce n’était qu’une des nombreuses blagues du site Xbox Mag.

Les responsables de la mauvaise image du jeu vidéo sont donc les journalistes ! Quand on voit qu’une vieille bique de 75ans, Claire Gallois se permet dans un article du Point.fr  d’affirmer que les jeux vidéo créent de la violence et des tueurs, demandant la mise en place d’une taxe. Ah ah ! Le raccourci ! Peut être que l’abus de jeux vidéo violents peut amener un joueur à devenir agressif, mais alors, ça ne vient pas du jeu vidéo en lui-même mais de son utilisation, comme on pourrait en dire autant de l’alcool. D’ailleurs, ça m’étonne qu’un message obligatoire du même type que celui indiqué sur toutes les pubs d’alcool ou de tabac n’ait pas encore été adopté pour les jeux vidéo.

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Après, il y aura toujours des gogols qui tenteront de refaire en vrai les coups de Tekken ou qui diront aux gendarmes qu’ils ont dépassé la vitesse autorisée parce qu’ils se croyaient dans Need for Speed. Quand on est con, on est con, joueur de jeux vidéo ou pas. Ces joueurs à problèmes ne sont qu’une infime partie d’entre nous, la maigre tranche de population qui ira se jeter du toit d’un immeuble après avoir vu Superman, persuadée qu’elle est capable de « voler ».

Mais il n’y a pas que les journalistes lambdas qui donnent une mauvaise image des jeux vidéo. Il y a aussi certaines associations un peu extrémistes, telle Familles de France. Je vous ai retrouvé une interview parue dans le magazine Gen4 en Mai 1999. Pour rappel, l’asso Familles de France avait demandé le retrait des rayons de plusieurs jeux jugés violents tels Resident Evil 2 ou encore Grand Theft Auto.

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Quand tu vois sa tête, tu comprends…

La mauvaise image du joueur de jeux vidéo

Pour beaucoup d’éducateurs (incluant les profs), les jeux vidéo, c’est le mal absolu. Parce qu’un peu comme pour les journalistes, ce sont les aspects extrêmes qui sont entendus : violence des jeux, addiction aux jeux, retrait de la vie en société du joueur… Un gamin peut très bien jouer « normalement » aux jeux vidéo sans être violent ni asocial. Le problème, c’est surtout le contrôle qui est fait par les adultes. Doit-on laisser son enfant jouer à tous les jeux ? Quel durée de jeu ? L’enfant a t-il d’autres activités que le jeu vidéo ? Bref, une tonne de blabla de discours moralisateur.

L’aspect culturel n’est nullement pris en compte. La société s’en tape qu’un gosse connaisse par cœur toutes les techniques de Pokemon. Ce qu’elle retiendra, c’est que ce gosse a peut être des difficultés en mathématiques et donc plutôt que de faire joujou à la console, il ferait mieux d’aller apprendre ses tables de multiplication. Pourtant, dans sa vie, il deviendra éleveur de Pokemon (joke bien sûr).

S’il y a un jeu qui a fait couler beaucoup d’encre il y a quelques années, c’est le « Meuporg » (je vous ai retrouvé la vidéo pour ceux qui connaissent pas, c’est d’anthologie !!) World of Warcraft, phénomène addictif de grand ampleur. Pour y avoir joué environ un an, c’est sûr que quand on se prend au jeu et qu’on rentre dans une guilde, sorte de micro-société dans le jeu, l’organisation de sa vie peut vite tourner autour du jeu (participation aux soirées de raids, farming de composants pour la préparation des potions et festins pour les raids de la guilde…). Du coup, c’est vrai, ce genre de jeu peut rendre certains joueurs « addicts » , mais il ne faut surtout pas en faire une généralité !

Et que dire de l’image des mecs regardant d’autres mecs jouer aux jeux vidéo. Les plateformes telles que Twitch sont en pleine ébullition. Les meilleurs joueurs peuvent vivre de leur passion en se filmant en train de jouer et en commentant leurs parties. C’est un phénomène qui grandit de plus en plus.

Les plus gros stéréotypes du joueur de JV : feignant, branleur, « couch potatoes » -> l’ado obèse vautré dans son canap’ avec un paquet de chips vidé à côté de lui, une manette à la main, qui ferait mieux d’aller courir après un ballon IRL au lieu de le faire devant sa télé…

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Une autre question se pose : Quelle est l’image du joueur de jeux vidéo vue par les femmes ? On peut se poser la question pour le public féminin non joueur, car la joueuse, elle, n’a pas mauvaise opinion de l’activité qu’elle pratique. Mais la nana de base (je sens que je vais encore me prendre des coups de lattes par les féministes^^), celle pour qui le gars qui joue aux jeux vidéo est un gosse refusant de grandir, celle là, elle fait bien mal quand elle « kidnappe » l’âme du joueur, ne lui laissant qu’une infime place pour son loisir vidéoludique : C’EST MOI OU TA CONSOLE !

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Bref, le joueur de JV a une image aussi mauvaise que les jeux auxquels il joue.

La mauvaise image du collectionneur de jeux vidéo

Personnellement, je trouve que le collectionneur de JV jouit d’une mauvaise image en société. Combien d’entre nous ont dû subir les remarques désobligeantes et incessantes de ses proches : « Tu ferais mieux de vendre tout ça, ça prend de la place, bla bla bla ». Ça ne vous fait pas écho ?

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Collectionner les goodies JV, c’est ringard !

C’est vrai que la collection de jeux vidéo peut vite devenir envahissante, mais un peu comme beaucoup de collection, là sur le coup, je pense aux vieilles qui collectionnent les poupées en porcelaine, collection aussi envahissante que de mauvais goût (mais pourtant de belles collections aux yeux des collectionneurs de poupées). Pourquoi collectionner des timbres serait mieux que collectionner des jeux ?

Collectionner, c’est un peu comme une maladie, on amasse, sans fin (car quand on a fini un objectif, on s’en trouve un autre). On en deviendrait même un peu fétichiste ! Tous les objets ont une histoire, même les jeux vidéo, et le collectionneur, selon ses codes très subjectifs, s’efforce de compléter sa collection. Collectionner les jeux vidéo de sa jeunesse, collectionner les jeux qu’on a pas pu avoir à l’époque, collectionner les gros titres, faire des full set, il y a pleins de façons différentes de collectionner des jeux vidéo, le tout est de trouver un équilibre entre vie professionnelle et vie privée, vie en société et vie de famille.

Il suffit de laisser de côté ceux qui ne veulent pas comprendre, ils n’en valent pas la peine.

Conclusion

Pas facile d’être un joueur de jeux vidéo, ni un collectionneur en société. Les jeux vidéo ont une mauvaise image qui leur colle à la peau depuis de nombreuses années. Mais que pouvons-nous faire pour améliorer cette image ?

Les jeux vidéo sont un loisir de masse. C’est à nous, parents ou futurs parents d’éduquer nos enfants à leur utilisation la plus juste, en contrôlant tous les excès qu’ils peuvent engendrer : violence, addiction, désocialisation…

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A propos du gangeekeur

Nana de 31 ans n'ayant plus quitté l'univers des jeux vidéo depuis son 7ème anniversaire, avec la réception d'un pack gameboy avec Tetris et Kirby ! Plutôt attirée par l'univers Nintendo au départ, par la suite a succombé aux charmes de la PS1 avec son lot de RPG. Genres de prédilection : la plateforme et les jeux de rythmes

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